« Manière de voir… »

Patrick Elie Mourez, Metteur en scène.
Démarche.

               Considérant la scène comme un espace de « création » total, où l’on peut s’affranchir des limites du seul théâtre, pour élaborer un langage plus général susceptible d’affiner le dialogue entre le « représenté » et le « destinataire », et la traduction de la forme écrite vers la forme orale et visuelle, en y incluant des formes expressives différentes : « installations » plastiques, construction d’images symboliques, éléments chorégraphiques, ect…, je nourris ma méthode de travail des multiples tendances et influences artistiques -(Théâtre, Peinture, Sculpture, Musique, Poésie, Littérature, Danse, Cinéma, Photographie)- qui me traversent, tout autant que les divers courants de pensées et philosophiques sur lesquels je m’appuie dans l’élaboration de mon propre discours, pour en recomposer, sur la scène, une synthèse simple, devant faire office de clés de lecture ouvrant la démarche d’une façon que je souhaites la plus claire possible.

               M’appropriant l’affirmation de John Cage : « L’Art devient une sorte de condition expérimentale dans laquelle on expérimente la vie », mettre en scène devient pour moi, l’équivalent d’un acte « art — plasticien », qu’il s’agit de composer avec divers éléments que je considère d’importance égale :
1) La matière textuelle — le sens.
2) L’acteur, l’acteur et l’acteur.
3) L’espace — le Temps – le non-Temps
4) Les formes, les couleurs, la matières, les sons.
5) Le silence, l’ombre et la lumière.

               Bien sûr, nombreuses sont mes influences, tant le domaine est vaste, mais citons quand – même quelques nom, pelle – mêle : Beckett, Pasolini, Peter Brook, Philip Glass, Malevitch, Tarkovski, Bob Wilson, Bacon, Peter Greenaway, Pina Bausch, Alwyn Nikolaïs, César, Velickovic, Claude Régy, Patrice Chéreau, Jan Fabre, Le Carravage, Kantor, Levy – Strauss, Lao Tseu, Langhoff, Grüber, Vitez, Robert Ashlev, Ginsberg, L’Ankokubuto de Hijikata Tatsumi, Meredith Monk, Karole Armitage, Gavin Bryars, Augusto Boal, Merce Cunningham, Steve Reich, Rauschenberg, Artaud, Carmelo Bene, entre autres, qui occupent une place non négligeable dans ma construction. Sans eux, je ne serais pas ce que je suis, en n’oubliant pas d’être moi — même.

Pour résumer, disons que ma démarche créative, peut trouver un point de définition dans ces trois grands courants :
– Le Symbolisme, dans ce qu’il est consubstantiel à l’être humain : il précède le langage et la raison
discursive, comme le disait Mircea Eliade.
– Le Minimaliste, non pas dans son opposition àL’Expressionisme, mais plus dans une recherche de l’épurement.
– L’Abstraction, dans sa force d’évocation et son rapport géométrique à l’espace.

               Le but à atteindre, par – là même, est de permettre à l’Acte Théâtrale -(cette situation illimitée et suspendue)- d’opérer une fusion authentique, non corrompue, entre l’être humain et les choses, entre un être humain et un autre, et sur scène, entre les Acteurs et l’Acte, entre les Acteurs et les Spectateurs, et peut-être, d’approcher quelques hypothétiques réponses à nos interrogations incessantes pour trouver à la vie sa signification.

               Loin des discours « fumeux » de l’intellectualisation à outrance des concepts « bourgeois-branchés » de l’Art, frisant souvent avec l’apologie du vide de sens de nos civilisations occidentales rongées par le profit, le pouvoir, le totalitarisme technologique, je m’en tiens à défendre et à ne pas oublier que le Théâtre est, avant bout, un Art Populaire, dont la fonction n’est pas de seulement distraire, mais pas non plus de « s’élitiser ». Il en mourrait.